

L’auteure-compositrice-interprète évoque ici une artiste mystérieuse, une amie attentive et quelques souvenirs lumineux de leur complicité.
Propos recueillis par Anne Bertoin.
Isabelle Mayereau, vous avez partagé une longue amitié avec EVA. À quelle époque et dans quelles circonstances vous êtes-vous rencontrées ? Qu’est-ce qui vous a le plus interpellée chez elle ?
J’ai rencontré EVA à la fin des années 70, à l’aéroport d’Athènes par une fin d’après-midi caniculaire. Nous nous sommes retrouvées dans le même avion et ce fut le début d’une belle amitié.
Quelle place occupait-elle alors dans le paysage de la chanson française ?
Sa voix, si particulière, donnait le frisson, et comme elle aimait entretenir le mystère, nous nous laissions envoûter avec bonheur. Elle était la seule à chanter de cette manière-là.
Quels étaient vos échanges ? Aviez-vous des points communs par l’écriture, la chanson et les auteurs, par exemple ? Qu’appréciait-elle le plus dans votre production artistique et réciproquement ?
Nous aimions les chansons climatiques. Nous partagions la même passion pour Barbara, la même fascination pour Souchon, Jonasz, Joni Mitchell, Tina Turner, David Bowie, Bette Midler, Billie Holiday, Janis Joplin, plus particulièrement « Mercedes Benz », etc.
En ce qui concerne mes chansons, j’aimais l’entendre chanter « Hash ». Une brume s’installait sur mes mots, une merveille.
Avez-vous été près d’EVA lorsqu’elle préparait un spectacle, assisté à des répétitions ? Comment avez-vous ressenti son approche de la chanson française à ses débuts ?
Non, je n’ai jamais assisté à ses répétitions. Je préférais avoir la surprise du spectacle définitif.
EVA parlait-elle facilement de son histoire, de son enfance en Allemagne et de son identité ? Selon vous, quelle fut l’influence de sa culture sur ses interprétations et ses choix musicaux ?
EVA était très discrète sur son passé et je ne posais pas de questions. Elle n’aimait pas se dévoiler et je n’aimais pas la bousculer.
Plus tard, lorsqu'elle est partie vivre au Québec, avez-vous ressenti une évolution chez elle dans sa création, ou simplement dans sa façon de voir la vie ailleurs ?
Non, je la sentais heureuse, continuant toujours sa route mystérieuse.
Avec le recul, qu’est ce qui vous a le plus marqué en pensant à elle ? Avez-vous une anecdote qui reflète particulièrement bien qui elle était ?
J’ai logé chez elle lors de la promotion d’un de mes albums. Comme elle souhaitait m’entendre tonique et drôle dans les interviews, elle me préparait des petits déjeuners vitaminés, protéinés, colorés, dignes d’un grand hôtel ! C’était surtout très joyeux !
Enfin, plusieurs années après sa disparition, quel regard portez-vous sur l'héritage qu'elle laisse à la chanson francophone ? Et s'il fallait choisir une seule chanson, ou une seule interprétation, pour faire découvrir son univers, laquelle choisiriez-vous aujourd’hui ?
J’aime infiniment son dernier album « À Marlène » avec Pierre Grimard au piano. Tout est beau, pochette comprise !
Ce que j’aime aussi, dans les vidéos, c’est retrouver son œil vif, son plaisir à répondre de manière piquante, et ses petits pas de côté. Merci à vous d’avoir mis à jour tous ces trésors.
Née à Bordeaux, Isabelle Mayereau est une figure importante de la chanson française, dont la délicatesse de l’écriture, la poésie et l’élégance ont marqué plusieurs générations. Révélée par « L’enfance » “en 1977, suivie de « Tu m’écris », l'auteure-compositrice-interprète est alors récompensée par le Premier Prix du Festival international de la chanson française de Spa en 1978. Elle a conquis son public par la finesse de sa plume et l’émotion de son interprétation. Sa participation à Émilie Jolie, ses concerts dans des lieux prestigieux et ses albums, dont Juste une amertume (1997) et Hors-Pistes (2009), sans oublier les chansons qu’elle a écrites pour Marie-Paule Belle, témoignent de son grand talent. Son œuvre, d’une profonde humanité, continue de rayonner auprès des amoureux de la chanson française.